Vauban donne, en général, à
la chapelle-type, une forme simple et enrichit la façade
par un fronton porté par deux pilastres. Un petit campanile
coiffé dun dôme à six pans en relève
les lignes.
Lintérieur est formé dune
courte nef voûtée en plein cintre, dun chur
voûté darêtes et dune abside (polygonale
à lextérieur, elliptique à lintérieur).
Le tout est scandé de pilastres portant des arcs en anse
de panier. Avec la tribune au-dessus de lentrée et
la corniche qui ceinture la nef, ce sont les seuls ornements.
Le bâtiment est bien éclairé
par six grandes fenêtres cintrées et largement ébrasées.
Il est à noter que la voûte est en charpente sur
la nef : des arcs de bois recouverts dun platelage et appuyés
sur la corniche. Un escalier permet daccéder aux
combles, à lhorloge et au clocheton par une trémie
dans la voûte.
Des scènes religieuses ont été
peintes sur les murs de la chapelle, à la fin de la dernière
guerre, par un prisonnier allemand. Elles ont fait lobjet
dune tentative de restauration.
Des mécènes ont financé également,
avec lAssociation de Sauvegarde et de Valorisation de Fort-Barraux,
la restauration de lautel en bois doré, du chur
et du campanile.
2 . L’année 2010 devait réserver une bien agréable surprise aux Amis de Montmélian et à l'Association de Fort-Barraux comme nous allons le voir.
La forteresse de Montmélian considérée par Vauban comme l’une des plus puissantes d’Europe était depuis des siècles dotée de toutes les structures militaires nécessaires : portes, murailles, bastions, fossés… mais elle avait aussi sa chapelle dont l’ancienneté ne faisait aucun doute puisque présente dès les premières constructions du moyen-âge puisqu’en 1263 on refait déjà la toiture de celle-ci.
En 1316 un maçon de Montmélian nommé Henriquet est chargé de refaire le chœur de la chapelle avec une grande fenêtre.
En 1374 on mure les merlons de la courtine du donjon entre la chapelle et la tour de guet. On ferme par un mur la grande fenêtre de la chapelle percée en 1316 pour améliorer la fortification du donjon.
En 1643 Elie Brockenhoffer voyageur de Strasbourg de passage à Montmélian ne manque pas de citer la chapelle dans sa description de la forteresse.
Il n’est pas évident de connaître avec précision la position de celle-ci sur les gravures qui nous sont parvenues car sa taille modeste n’en faisait pas un élément principal de la forteresse.
D’autre part il n’est pas impossible que sa position ait été modifiée en fonction des nécessités de l’architecture défensive. Les gravures montrant la chapelle sont rares ; par exemple l’une des plus anciennes datée de 1580 laisse entrevoir au cœur du donjon un petit bâtiment accolé à un autre plus important, c’est elle. Elle semblerait déjà avoir un campanile.

02 Extrait de la gravure sur bois publiée dans la « Topographie Française », sous la direction de Claude Chastillon, topographe de roi (Henri IV) en 1600 gravé et publié par Merian (éditeur germano suisse 1593- 1650 )
Sur cette autre gravure de 1600 la forteresse a gardé son aspect médiéval et la chapelle est sommairement représentée mais a une taille plus imposante avec trois fenêtres sur le chevet. Cette chapelle devait très certainement être équipée d’une cloche.
On remarque sur un plan de 1693 qu’il y a dominant la ville le «Bastion de La Cloche » situé proche du bastion de Bonvoisin. Après avoir passé le pont levis de la porte principale du donjon, lorsque l’on tournait à droite on arrivait sur ce bastion de la Cloche comme vous pouvez le voir sur ce cliché. C’est probablement à cet endroit que se trouvait la cloche que l’on faisait sonner pour les événements comme des messes, sépultures, rassemblements…)

03 Plan du fort en 1693 tiré de l’Atlas des forteresses où l’on peut lire « Bonde la Cloche». La ville est sur la droite.
Les guerres et les sièges étaient redoutables pour les cloches que les vainqueurs avaient coutume de s’approprier.
A Montmélian nous savons que lors du dernier traité de reddition en 1705 les Dominicains obtinrent que leurs cloches qu’ils avaient montées au fort lors du siège leur soient restituées, ce qui fut fait.
Par contre nous n’avons aucune indication concernant la cloche de la chapelle du fort.
Elle fut sans doute traitée comme l’ensemble de la forteresse et elle disparut.
La découverte
Le 27 mai 2010 des travaux de révision des toitures à Fort Barraux sont entrepris. Ils nécessitent l’utilisation d’une nacelle de 32mètres.
04Clocher de Fort Barraux
Pierre Marzocca, vice président de l'Association de Sauvegarde et de Valorisation de Fort Barraux, informé de cette opération se rend sur les lieux pour faire des photos du Fort. De la nacelle il photographie la chapelle et porte son attention sur l’unique cloche qu’il peut approcher de près. Il lit les inscriptions qu’elle porte et à sa grande surprise il remarque celle qui indique « Montmélian 1701 ». Il adresse ses clichés aux Amis de Montmélian où immédiatement nous entreprenons les recherches sur cette cloche.
05
Cette cloche est à Fort Barraux depuis des décennies et personne ne sait depuis quand...
Ce qui est certain, c’est qu'à la fin du XlXème siècle elle y était déjà car elle est répertoriée dans "Les inscriptions campanaires de l'Isère" de Gustave Vallier » édité en 1886 ainsi qu'une autre portant les inscriptions "ave maria gracia plena - 1731" mais cette dernière a disparu après 1886.
06
Cette cloche installée dans le clocher de la chapelle construite d’après les plans de Vauban en 1725 porte les inscriptions suivantes en latin dont voici la traduction (ces indications ont été fournies par Michel Jaillard).
Patron: "Joseph comte DECASELLETTE, gouverneur de Montmélian - Victor Amédée II régnant - 1701 - Jean NATTA ma fait - Dlle Eugénie BALLY marraine"
Signalons l’étonnement de Pierre Marzocca de la découverte de cette cloche dans cette chapelle qui, bien que réalisée sur des plans de Vauban, ne fut construite qu’en 1725 et pour laquelle on avait fondu une cloche en 1731(aujourd’hui disparue). Il constate aussi qu’il y a dans le clocher deux emplacements de cloches. Et l’on peut en déduire que la « Dauphinoise de 1731 » a cohabité pendant plusieurs décennies avec son ainée, la « Savoyarde de Montmélian de 1701».
En fin de compte, la chance a voulu que celle qui est encore présente dans le clocher est la plus ancienne, c’est celle de 1701 du Fort de Montmélian. Mais on peut s’interroger sur le destin de sa voisine Dauphinoise ,,,
Finalement, bien que cela ne paraisse pas très logique, c’est une cloche qui porte le nom du gouverneur de la forteresse ennemie de Montmélian voisine qui pavoise à la vue de tous dans le clocher de Fort Barraux aujourd’hui.
07
Nous avons retrouvé l’ouvrage rare, tiré seulement qu’à 200 exemplaires, seul exemplaire qui existe en bibliothèque en Savoie «Inscriptions Campanaires du département de l’Isère ». Il se trouve à la bibliothèque diocésaine de Chambéry.
08
Voici ce qu’il nous dit page 99
09 
On trouve en particulier dans cet ouvrage le détail de l’inscription qu’il avait été difficile de lire depuis la nacelle :
JESVS.MARIA.JOSEPH.PATRINVS.IOSEPHVS.COMES.DE CASELETTE.EXERCITVVM.S.C.R. DVCTOR. GVBERNATOR. MONTISMELIANI. REGNANTE. VICTOR.AMEDEO.II.INVICTISSIMO.
REGE.NOSTRO.1701.
JEAN NATTA.MA.FAIT.
DLE EUGENIE BALLY.MARRAINE
Georges Vallier nous précise encore que la note de la cloche est le « ut » et que son diamètre est de 72 centimètres.

10 Cloche avec le nom du fondeur Jean Natta
L’histoire de la Cloche
Le tabellion de Montmélian consulté ne donne rien, aucun « prix fait » aucune délibération concernant cette cloche.
Nous allons cependant tenter de reconstituer son histoire mouvementée.
Commençons par celle de son parrain :
Le comte de Caselette était ancien major au régiment des Gardes avec le grade de colonel. Le duc de Savoie Victor Amédée II le promut au grade de brigadier et lui donna en même temps en 1697 la charge de gouverneur des ville et province de Mondovi. En 1700 il fut choisi pour aller remplacer le comte de Villafaletto dans le gouvernement des château et ville de Montmélian ainsi que celui du fort de Charbonnière. Dès le 24 avril 1701 le comte de Caselette ayant perdu la faveur de son souverain fut obligé de remettre le commandement de cette place au comte de Santena sous les ordres duquel il reste et continua à servir. La date de 1701, que porte cette cloche laisse présumer qu’elle a dû être fondue avant cet événement.
Pour la marraine, demoiselle Eugénie Bally, citée dans l’Armorial, elle porte un patronyme répandu en Savoie. On les retrouve à La Roche, Bonneville, Viuz en Sallaz, en Chablais au XVII ème siècle, et à Chambéry d’où est Issue cette Eugénie.
Elle est la Fille de Noble Pierre Bally (né en 1626 et décédé en 31 janvier 1710) avocat au Sénat, puis conseiller de S.A., secrétaire d’état qui a épousé le 9 février 1653 Françoise, fille de Noble Aymé Brondel (qui fut en 1656 et 1661 2e syndic de Chambéry). De leur union est née et a été baptisée le 12 février 1661 à 3 mois, Marguerite-Eugénie. Elle épousera Noble Jean-Jacques Genevois, conseiller du Roi et commissaire des guerres (décédé le 27 janvier 1720). Elle décédera à son tour le 25 mai 1731.
Eugénie a donc 40 ans lorsqu’elle devient la marraine de la cloche du fort de Montmélian.
Cette demoiselle Bally pourrait être apparentée aux Bailly de Saint-Pierre d’Albigny dont les armoiries sont « d’argent à la branche de rosier tigée de sinople, chargée de trois roses de gueules ; au chef de simple à la colombe d’argent tenant en son bec une rose de gueules tigée d’argent (alias de sinople) ».

11 Armoiries des Bailly de Saint Pierre d’Albigny d’après l’Armorial qui étaient probablement apparentés aux Bally de Chambéry dont je n’ai pas retrouvé les armoiries.
Il s’agit donc bien de la dernière cloche de la chapelle du fort de Montmélian. Probablement fondue en 1701 par un fondeur du nom de Jean Natta dont on a retrouvé aucune trace dans les archives ni dans les ouvrages consultés. Il s’agit peut être d’un fondeur itinérant comme cela était fréquent.
La cloche détruite lors du dernier siège de 1691 n’aurait finalement été remplacée que 9 ans après avec la venue du nouveau gouverneur le comte de Caselette. Sa gouvernance du fort a été courte de 1700 au 24 avril 1701 qui correspond donc parfaitement avec la période où fut fondue cette nouvelle cloche.
Pour l’histoire de Montmélian cette cloche revêt une grande importance puisque c’est elle qui sonna toutes les trêves du dernier siège et aussi la reddition officielle de la citadelle le 21 décembre 1705 et ce fut probablement la dernière fois que l’on entendit son « ut » à Montmélian.
Elle fit probablement partie des matériaux emmenés à Fort Barraux comme l’avaient décidé les vainqueurs en ordonnant sa destruction complète.
Cependant les premières années de la vie en territoire français de notre cloche restent floues. Qu’est elle devenue entre son enlèvement de Montmélian vers 1706 et son installation dans la nouvelle chapelle de Fort Barraux en 1725 ?
En tous cas cette découverte est heureuse pour l'histoire et l’on ne peut que se féliciter des excellentes relations entretenues entre l'Association des Amis de Montmélian l'Association de Sauvegarde & de Valorisation de Fort-Barraux dont l’histoire de leur forteresse respective est étroitement liée.

12 Texte attestant l’existence dans le clocher de Fort Barraux, de l’autre cloche fondue en 1731